

Automne 1991. Un des 4 000 enseignants du réseau collégial revient d‘un congé de perfectionnement sans solde. Il cause volontiers de compost, de recyclage, de botanique, de tailles des arbres fruitiers, de développement durable.
Il fréquente les deux René : Dubos et Dumont.
Il consulte souvent Kirouac : non pas Jack, mais Conrad, celui de la Flore laurentienne.
Lorsqu’il retrouve sa classe, il remarque que quelque chose a changé : on a repeint les locaux du Pavillon Taché. Le résultat est intéressant. Ça valait la peine d’attendre!
Une autre chose retient son attention : les garçons sont maintenant sous-représentés dans la plupart de ses groupes. Et surtout, de plus en plus d’étudiants l’appellent « Monsieur », chose rarissime et presqu’impensable il y a dix ans.
L’autre jour, après le cours, une toute jeune étudiante s’est approchée à pas de souris et lui a glissé :
- Monsieur, vous avez enseigné à ma mère.
- « Déjà! » retentit comme un gong dans la tête du monsieur.
À partir des repères fournis par Audrey, je découvre que sa mère a aussi été une grande amie de la Princesse.
Sensation de vertige : « C’était hier, il me semble ».
On dirait que le sablier s’est emballé.
C’est vrai que nos étés sont courts!