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Paroles de prof

 

Le Dauphin, Les Sirènes et La Marée

par Gilles Belzile

 

Frais émoulu de l’aval lettré du savoir,
Ayant troqué le froc de sage carabin
Pour celui de prof, ô jeunesse perlimpinpin,
Un jeune dauphin complet cravate vert espoir,


Charmé par vertes sirènes louperivoises,
S’échoue au jeune cégep local sur les plages
De la littérature aussi bleues que sauvages,
Sur hauts-fonds de FLQ, anguilles grégeoises.


L’étincelle jaillit, la grâce tsunami
Opère et déferle entre alevins et dauphin.
Ils sont fous, ces cégépiens, curieux et lutins,
Allumés et allumeurs, frondeurs et ravis!


Or, chemin de Damas galopant sur les planches,
Le théâtre devient fontaine de jouvence.
De potaches en Scapins, de Molière en jeu No,
Craies se font verts tableaux, nez jouent à Cyrano.


Mouvance des années soixante-dix est telle
Que notre dauphin se joint à sept épaulards
Profs de philo. « Cachexie » voit le jour, ses dards
Épinglant l’acné d’un jeune cégep top modèle.


Sirènes déjouées, le théâtre est dans l’œuf,
Deux étés durant, ils auront un effet bœuf.
À l’auberge du rire, à la pointe du trac,
Huit argonautes fous étrennent le tarmac.


Collègue Yvan Roy-le-terrible tient kodak
De croix Saint-Ludger en église Saint-Patrice,
Ses flash-pub font fureur, son talent fait vibrisse.
Ô télé-éléphant quand théâtre est cornac!


Et voilà le théâtre d’été adoubé,
Un dauphin naviguant enfin sous bonne lune,
Robinson épaulant Vendredi sur la hune,
Les noires sirènes médusées par Phoebé.


Et c’est belle saga du « Bourgeois gentilhomme » :
Denis Belley triomphe dans le rôle-titre,
Le D.G. trône en Roi Soleil, le mufti-pitre
Est tenu par dauphin. En gracieux métronomes,


Pomponette régit le menuet dare-dare,
La belle Hélène taquine le clavecin,
Le chœur est tout philo, les décors griffés « Arts » :
Le maestro Dunlay est un pur magicien.


Et le concours Philippe-Aubert-de-Gaspé,
L’école de théâtre Françoise-Bédard
Nolisent les sueurs de dauphin. Ours, renard,
Mouton, dragon : il est un zoo sur canapé.


C’est alors l’âge d’or du cours de linguistique.
Scrutant communication orale en ses tics,
Dauphin y peaufine son grand zygomatique
Car dauphineaux sont toujours un ‘peu’ porcs-épics.

 

Cal itou prend envol, piquant sprint vers Cythère,
Aiglons éclopés viennent y soigner leur plume.
Le dauphin y fait une escale salutaire,
Convaincu que toujours soleil sourd de la brume.


Mais parfois le soleil bégaie, s’éclipse et louche.
« Réforme à bâbord! » Les sirènes sont futées.
Département de français est premier touché.
Risquant d’embrasser cheval de Troie sur la bouche,


Dauphin monte naïvement à bord de « Méduse »,
Défend bec et ongles ses objectifs et drapeaux.
Mais c’est un vrai panier de crabes, ce radeau :
Des crocs s’aiguisent, des griffes jouent arquebuse;


Pro-réforme s’enhardissent, anti se hérissent,
Sirènes embouchent trompettes de Géricault.
Les murailles des convenances de peur pissent :
Département de français est en plein chaos.


Amitiés coulent à pic, us font dans leur froc,
Poignards trouvent dos, langues se font boulets rouges,
Sirènes font bloc, discorde flotte au grand foc :
Au pays de Hémon, il faut que rien ne bouge.


Une épreuve ministérielle est attachée,
Désormais, aux cou et queue de tous les dauphins.
Laisse ou boulet, ce handicap est sisyphéen :
Zéro issue au labyrinthe de Thésée.

 

Le fin fil d’Ariane est à jamais cassé,
La geste du défi-plaisir aux oubliettes :
Théâtre est en berne ou bardé de bandelettes.
Réforme pavoise, sirènes sont bissées.


Mince consolation, vaillante Bourse Hercule
Est dernier cheval de bataille du dauphin-
Destrier. Les non-cracks du derby cégépien
Peuvent aussi être lauréats d’un pécule.


Constance, progrès, ténacité et succès
Méritent autant de palmes que « douance » ad lib.
Quand résilients deviennent leurs propres toubibs,
C’est un nouveau cœur qu’ils se greffent, sans rejet.


L’heure de la retraite sonne, polissonne,
Le coup d’Oedipe face au Sphinx est vieux rébus.
Vêtu de probité et de denim d’automne,
C’est un dauphin poivre et sel qui secoue ses puces.


Toujours semblables, jamais les mêmes, marée
Passe et trépasse, sirène chante, ô méchante!
Tout dauphin porte en lui le don de les dompter :
Doivent vibrer par lui tous les matins qui chantent.


Les fleurs en tête qu’on aime nommer pensées,
Blanches ou noires, sont viatique et flambeau.
Elles fleurissent du berceau jusqu’au tombeau.
Puisse une seule saluer son odyssée!

 

Gilles Belzile
(professeur de français retraité depuis juin 2004)
Ce 8 novembre 2008

 

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