

1969 a été marqué par la naissance de notre Cégep.
Ces établissements on été créés pour faire le lien entre le secondaire et le milieu de travail ou l’université. Ils ont survécu à tous les obstacles, les remises en question, et même les projets de les faire disparaître. La pression était forte car de nombreux autres pays ne possèdent pas ce niveau de formation intermédiaire.
Lors de la création des Cégeps, c’était l’abondance; on recrutait en masse, les profs avaient la voie libre pour créer des systèmes de cours à leur goût, pas d’encadrement, pas de limite. La seule directive était : faites du mieux que vous pensez. Quel contraste avec aujourd’hui! Les budgets étaient « open » : demandez et vous recevrez! Il y eut certes des abus, des erreurs, des échecs, mais toute création à partir du néant est d’abord imparfaite. L’homme n’a-t-il pas été le brouillon ayant servi à la création de la femme?
Nous pouvons être fiers d’avoir participé à la création de ce monde de l’éducation. Il est né de nos idées, de notre implication.
On nous a mis des bâtons dans les roues de façon sournoise en 1982, en coupant nos salaires, mais surtout en établissant un nouveau principe unique à notre province, et malheureusement encore en vigueur de nos jours, la désindexation des retraites. Puis on a récidivé en 1991 quand on a mis la hache dans les cours de Philo et d’Éducation physique. Je me souviens qu’à cette époque, afin de prouver que la Ministre avait tort, nous avions affiché dans nos portes des caricatures d’élèves du vingt-et-unième siècle, où tous les élèves arrivant dans nos classes étaient obèses…… Eh bien, aujourd’hui nous approchons de cet état. Ce qui prouve que nous étions de bons visionnaires.
L’effet des coupures des années 90 a été de faire disparaître beaucoup de cours intéressants dont nous parlent encore les étudiants précédant cette époque et que nous rencontrons aujourd’hui; ils nous en remercient d’ailleurs, appréciant la formation qu’ils ont eue. Mais aujourd’hui, plus de voile, de kayak, de planche à voile, de ski, de vélo de montagne, de plongée, de ski de fond, de water-polo, de judo, d’escrime, d’athlétisme, il n’y a plus que le gymnase… Ça correspond mieux à nos moyens!!!
Maintenant que je vous ai parlé du verre à moitié vide, je dois quand même reconnaître que ces réformes l’ont, heureusement, à moitié rempli. C’est ainsi que nous avons développé des cours visant à atteindre une meilleure santé chez le Cégépien. Ces notions visaient le guide alimentaire, le tabagisme, l’alcoolisme, le stress, des notions de physiologie de l’activité physique, etc…
On considérait qu’à l’approche de l’âge adulte, les jeunes avaient besoin d’acquérir un minimum de ces connaissances, afin de développer leur autonomie et leurs compétences en matière de santé. C’est à ce moment-là aussi, que nous avons réalisé combien nous étions importants à leurs yeux, surtout lorsqu’on leur permettait de modifier leur état de santé, en leur inculquant des notions inconnues jusqu’alors pour certains. C’est personnellement du côté du tabagisme que j’ai eu le plus de plaisir à travailler et à obtenir des résultats avec mes étudiants.
La dette de la province a atteint le point de non retour. « Par notre faute » disent ceux qui ont mal géré nos finances publiques. Finalement, ces années trop courtes, ont passé à la vitesse « grand V ». Nous avons vécu une période formidable, généreuse, créatrice, enrichissante. L’ennui, c’est que nous avons tous débuté presqu’en même temps, et donc, nous sommes tous sortis en même temps, et même si les murs du cégep, n’ont pas beaucoup changé, les visages eux, par contre sont équipés de grands yeux interrogateurs et inquisiteurs, lorsque nous les croisons. Mais! coudon! le vieux-là! y s’est égaré! c’est pas une résidence pour les aînés… Ici!
Hé! les jeunes! « Je fus ce que vous êtes, vous serez ce que je suis! » comme le chantait si bien Georges Brassens. Quoi? Vous vous demandez qui c’est celui-là… c’est un autre vieux, mais très, très vieux, tellement vieux qu’il en est mort. Mais il arrive que des vieux morts nous aient marqués suffisamment pour qu’on se souvienne d’eux jusqu’à la fin de nos jours.
C’est ce que tous les professeurs espèrent : Qu’on se souvienne d’eux longtemps, prouvant ainsi qu’ils n’ont pas été un passage inutile dans la vie de certains.
Gilbert Blachon,
prof